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22 mai 2007

Interwiev de Mickael Cozien par Divroet New(e)z

Mickaël Cozien : joueur de cornemuse

Mickaël Cozien

Divroet New(e)z - Depuis combien de temps sonnes-tu ?

Mickaël Cozien - J’ai commencé la cornemuse à l’âge de 13 ans au Centre Breton d’Art Populaire de Brest (c’est une sorte d’école de musique traditionnelle où l’on enseigne la bombarde, la cornemuse, la harpe celtique, le violon, etc.). Les cours de cornemuse étaient donnés par un sonneur de la Kevrenn : Jean-Claude Guéna (que tout le monde connaît plutôt sous le nom de Chicag), sur la base de la méthode de Gilles Goyat. (D’ailleurs dans cette méthode on trouve une photo des doigts de Chicag montrant la position à tenir sur le chanter. Lorsque j’ai de nouveaux élèves, je ne manque jamais de leur montrer cette photo et je leur dis : ce sont les doigts de mon prof alors prosternez-vous devant, c’est lui le maître). C’est lui qui m’a donné le goût pour la cornemuse.

En 1987, je suis rentré au Bagad Plougastel avec qui j’ai fait mon premier concours. Puis j’ai intégré la Kevrenn Brest Sant Mark en janvier 1988, et là à nouveau j’ai eu beaucoup de chance. Étant le seul jeune à rentrer, tous les samedis, les sonneurs de la Kevrenn, un par un, m’ont transmis leur spécialité (rythmique, technique, etc.) C’est la raison pour laquelle ils m’ont intégré sur scène aussi rapidement. En février, je faisais mon premier concert, un programme de 2 h (pas évident à apprendre). Je garde de cette période un souvenir fabuleux.

DN - Au bagad on t’a donné un surnom ?

MC - À Brest, tous nos prénoms étaient précédés de Ti (Ti Polo, …), c’est ainsi que je suis devenu Timick. On m’a appelé aussi « mignon » (qui vient du breton : à traduire par « copain, ami »). J’ai eu aussi Mac Givrer (pour Mac Gyver) à cause de la coupe de cheveu, du couteau suisse et du scotch que j’emmène toujours partout.

DN - Qu’est ce que tu te dis en allant en répétition ?

MC - Plus grand chose puisque je ne peux plus aller aux répétitions avec Bordeaux (n’y habitant plus). Ça me manque beaucoup. J’ai toujours été très content d’aller en répé en général. J’aime être avec les autres pour répéter. Lorsque je suis à Poitiers, je pense régulièrement au bagad, surtout le mercredi, lorsque je vais aux cours de clavecin. Je me dis que c’est l’heure où commence la répétition du bagad et je me demande s’ils bossent bien, s’ils suivent mes conseils, s’ils sont sérieux… À priori ça marche bien puisque lorsque que je viens animer des stages, je n’ai pratiquement plus rien à faire (sourire). Je suis très content, tout le monde joue le jeu et travaille comme il faut.

Mickael Cozien

DN - Ton rêve de musicien le plus cher, quel est-il ?

MC - Avant de dire où j’aimerais me retrouver, je voudrais dire la chance que j’ai eue déjà. Celle de pouvoir jouer avec des grands noms de la musique bretonne avec qui on a tous rêvé de jouer un jour. Quand j’étais gamin, mon père adorait Gilles Servat et je me suis retrouvé à jouer avec lui pendant 3 ou 4 ans. Mon père était aux anges. J’ai aussi participé à quelques concerts de Stivell. À l’époque, j’étais un petit branleur (euh… non, je ne raconterai pas l’anecdote !), j’ai eu la honte de ma vie ce jour là.

En tout cas, c’est extraordinaire, on est là en face des gens grâce auxquels tout a commencé pour soi, on joue à leurs côtés. Je connais beaucoup de gens qui critiquent Stivell ou même Gilles Servat mais il faut se rendre compte d’une chose, c’est que s’ils n’avaient pas été là, je ne sais pas si moi, par exemple, je jouerais de la cornemuse aujourd’hui. Ce sont des gens extraordinaires.

Mickael Cozien

Une autre chose encore qui m’est arrivée, au mois de février, je me suis retrouvé à jouer avec Jim Kilpatrick qui a été 15 fois champion du monde de caisse claire ! C’est pareil, ce sont des gens qu’on connaît et on ne penserait jamais jouer avec eux un jour, on se dit qu’on n’est pas du même univers, qu’on n’a pas forcément le même niveau… et puis voilà ! Je jouais à côté de lui. Et j’ai rencontré quelqu’un d’une gentillesse… charmant, et qui joue à la perfection. On ne peut même pas imaginer qu’il joue de la caisse claire avec autant de simplicité, de facilité. On le regarde jouer, il n’y a aucune tension. Souvent on voit les musiciens jouer crispés, lui est détendu, ce sont juste deux mains qui bougent avec vitesse et dextérité : il est capable de faire n’importe quoi. J’ai joué avec lui, vous vous rendez compte, du coup, je lui ai dit : « maintenant je vais pouvoir dire ça aux copains et tout le monde va croire que je suis bon ». Il a bien rigolé. Ça a vraiment été sensationnel.
J’ai donc eu un parcours assez sympathique.

Après, mon plus grand rêve serait de jouer avec les Rolling Stones. Je suis Fan de ce groupe depuis très longtemps. C’est un groupe qui me rend fou. Dès que je les entends à la télé, que je vois un article de presse ou que j’entends une chanson à la radio, je ne sais pas ce qui se passe, il y a un déclic, c’est magique. J’ai des sensations, la journée devient forcément bonne. C’est bizarre de dire ça parce que c’est un groupe de rock, ils ont un parcours assez hallucinant mais ils sont magiques, ils me donnent des frissons. Je deviens fou, insupportable, je saute partout. Mon rêve serait de me retrouver avec eux, de les rencontrer. Ce serait génial de rencontrer Mick Jagger et de lui dire : « coucou je m’appelle Mick aussi, mon père m’a donné le même prénom que toi » (grand sourire). Mon petit frère est né le même jour (pas la même année) que le guitariste des Stones, c’est quand même pas mal.

DN - Ton meilleur souvenir pour l’année 2004

MC - Pour l’année 2004 ? … ça sera le même pour tous les gens du Bagad de Bordeaux, je pense, c’est notre acceptation en quatrième catégorie. Je crois que c’est qu’il y a eu de plus fort dans l’année. J’en aurais pleuré, un peu comme à Carhaix quand j’ai su qu’on était premiers aux éliminatoires. Oui ! C’est 4 ans de travail pour tout le monde, à bosser comme il fallait et puis voilà ! On a réussi ! Maintenant c’est vrai que c’est arrivé plus vite que je ne le pensais. Je savais qu’on pouvait le faire mais je ne pensais pas qu’on y arriverait si vite. Voilà ! C’est mon meilleur souvenir, le plus important. Mon autre grand souvenir a été d’être pris au CEFEDM de Poitiers pour passer mon Diplôme d’Etat de musique traditionnelle. Parce que je n’y croyais pas, je me suis mis une énorme pression, je ne savais pas si les gens allaient apprécier la cornemuse. Je n’y crois toujours pas, mais bon, je me rends à l’évidence, si j’ai été pris, c’est que j’ai fait quelque chose qui a plu.

« Je me suis mis une énorme pression, je ne savais pas si les gens allaient apprécier la cornemuse. »

DN - La pire de tes sorties.

MC - Celle qui m’a laissé le plus mauvais souvenir c’est le résultat du concours de quatrième à Lorient. C’est paradoxal parce que c’est mon meilleur souvenir mais c’est aussi mon plus mauvais souvenir parce qu’on n’a pas su les résultats. On était en train de faire le triomphe et c’est en arrivant à la fin du triomphe qu’on a su que les résultats avaient été donnés et on a su qu’on restait. C’est dur parce que les gens du bagad étaient tous sur le départ, ce qui fait qu’on n’a même pas pu sauter de joie ensemble. On l’a tous su séparément et c’est dommage, un bagad c’est un groupe, j’aurais bien aimé qu’on puisse être tous ensemble pour l’apprendre ensemble. Bon, on est en quatrième, on va prendre le côté positif de la chose.

DN - Un réflexe ou un grigri avant de monter sur scène

MC - Un réflexe, non. Un gri-gri oui. J’ai toujours quelque chose dans la poche. C’est un petit nœud vert avec une épingle à nourrice et avec deux pastilles, mon ré bémol et mon sol bémol pour la cornemuse. Si je ne l’ai pas, je suis mal si je suis sur scène car j’en ai souvent besoin. Je n’ai que ça comme gri-gri (sourire).

DN - Qu’est ce qui t’énerve le plus sur ton instrument ?

Mickael Cozien

MC - Jusqu’au mois de décembre, c’étaient mes bourdons, parce qu’il y a eu une petite histoire cette année pas très bonne, de celles qui arrivent rarement dans la vie d’un musicien, je n’ai plus MA cornemuse. J’en ai une autre qui est ma première cornemuse, alors j’éprouve moins de plaisir à régler mon instrument comme je le faisais auparavant. J’avais une poche en cuir, des anches de bourdons en roseau et je m’amusais, je pouvais les régler comme je voulais, il y avait une certaine osmose avec mon instrument. Ce qui fait que j’ai repris ma première cornemuse, j’ai mis des anches Oméga et je trouve ça génial mais j’avais énormément de mal à régler mon bourdon basse, je souffrais énormément. Et puis un certain Jean-Luc Coadou du Bagad de Bordeaux m’a sauvé (Merci Jean-Luc), ce qui fait qu’il n’y a plus grand chose qui m’énerve sur mon instrument. La seule chose c’est qu’il m’arrive de ne pas bosser assez, alors le mec, il n’est pas bon. Donc c’est plus le mec qui m’énerve que l’instrument.

DN - Il y a une partition que tu adores et que tu voudrais conseiller ?

MC – J’adore la marche écossaise qui s’appelle « Lord Alexander Kennedy », je crois que c’est la plus belle marche qu’il y ait au répertoire écossais, sinon « Blair Drummond » et en reel « Mrs MacPherson of Inveran ». Voilà, en musique écossaise, ce sont les trois morceaux que j’adore (et que je joue trop souvent d’ailleurs). En musique bretonne, l’une des plus belles suites que j’ai entendues c’était une suite fisel jouée par Patrick Molard sur son disque « Ar Baz Valan » qui est géniale. Il la joue super bien. Et en irlandais, tout ce qui peut délier les doigts, où on peut s’amuser et faire ce qu’on a envie.

DN - Tu as d’autres intérêts en matière de musique

MC - J’adore le clavecin (vu que je m’y suis mis), c’est génial (j’peux pas dire mieux). Sinon en matière de musique : « les Stones », la musique des années 60-70 plutôt rock, beaucoup la musique baroque, … un peu tout. On a énormément de choses à apprendre de toutes les musiques et ça peut donner des idées aussi, il faut savoir s’ouvrir. Elles ont toutes quelque chose d’intéressant, et souvent, il suffit de tendre l’oreille.

DN - Qu’est-ce qui a motivé ton besoin de partager tes connaissances ?

MC - Des chances extraordinaires, la chance des rencontres : Jean-Claude Guéna, mon premier prof, qui m’a tout donné. La chance de la jeunesse : à la Kevrenn Brest Sant Mark, certains m’ont également tout donné, je n’étais qu’un petit jeune, un petit mec, et pourtant j’ai eu des cours particuliers avec quasiment tous les sonneurs de cornemuse de la Kevrenn. La chance des opportunités : Jean-Claude Guéna me laissant sa place au Centre Breton d’Art Populaire de Brest, ça a été quelque chose de très fort, c’est là que j’ai fait mes premières armes de prof aussi. J’avais 16 ans, ça faisait 4 ans que je faisais de la cornemuse. J’ai adoré les élèves, j’ai adoré donner des cours, j’ai adoré donner, tout court et voilà ! Maintenant, c’est bien ancré. Et le fait d’être à Poitiers, de ne plus donner de cours, c’est là que je me rends compte à quel point c’est plus important pour moi que d’être sur scène. J’ai besoin de voir les élèves, de les voir progresser. En tant que formateur Divroet, je retrouve des gens qui en bavent, qui en veulent, c’est respect ! Il faut tout leur donner si on peut. Et quand on voit comme ils sont heureux après un stage, comme ils sont motivés, je crois qu’il n’y a pas de plus beau cadeau pour un formateur. C’est génial de donner envie de continuer à travailler, de perpétuer cette musique, j’adore ça.

« Des gens comme ça, qui s’intéressent à notre culture, il faut les garder ! »

DN - Tu composes également… avec une méthode bien à toi… tu veux nous en dire 2 mots ?

MC - Euh… j’ai plutôt tendance à garder ça pour moi ou alors à les partager avec Bernard Duperrier (très bon sonneur du Bagad de Bordeaux, je tiens à le préciser), … qui justement, a commencé la bombarde sans avoir de rapport avec la Bretagne ou la musique celtique et que je tiens à féliciter ! Petit message privé à tous les sonneurs : respectez bien ces gens-là parce que des gens comme ça, qui s’intéressent à notre culture, il faut les garder, il n’y a rien de plus beau pour moi qu’une personne qui n’a rien à voir avec notre culture et qui s’y intéresse, c’est respect. (Bravo Bernard)

Pour composer ? Je me lève un jour et je me dis : « arrête de rien foutre et compose un morceau ». J’essaie de prendre ce qui me plaît le plus dans la cornemuse, et à partir de la technique j’essaie de faire quelque chose de joli. Ça semble un peu bizarre mais je fonctionne comme ça, à partir d’ornements que j’aime jouer, je compose un morceau autour.

DN - Tes projets d’avenir

Mickael Cozien

MC - Mon Diplôme d’Etat. Ce que j’aimerais bien aussi c’est de revenir sur Bordeaux avec ce diplôme et peut-être avoir la chance de trouver une école de musique et ouvrir une classe de cornemuse. Ce serait assez exceptionnel de faire ça en dehors de la Bretagne. C’est un petit challenge qui m’amuse un peu, il faut rêver… Et puis c’est de continuer de donner des concerts, de venir m’amuser avec les gens de Bordeaux, c’est aussi bête que ça. Prendre du plaisir et donner du plaisir.

DN - Quelles sont tes sources d’inspiration ?

MC - Les Stones, « of course ». Et en dehors des Stones, la Kevrenn Brest Sant Mark : ils ont toujours fait une musique un peu en dehors de la musique traditionnelle. C’est ce qui m’a permis également de rencontrer des gens comme Alain Trovel, Ronan Sicard, Christian Desbordes, Pierre-Yves Moign… Tous, des gens qui ont compté énormément pour moi, j’ai découvert et joué leurs compositions, leurs arrangements. Ce sont des personnes qui font une musique extraordinaire et qui ont une musicalité incroyable. Quelquefois, je réécoute des morceaux, je repique un passage ou une mesure et à partir de là, c’est parti, je brode. Je pars dans un « trip ».

DN - Ton petit mot de la fin

MC - Vive le Bagad de Bordeaux, vive tous les groupes Divroet ! Franchement, tout ce qui est en train de se passer en Divroet avec la BAS Divroet, je trouve ça génial. J’aimerais aider plus mais cette année c’est un peu délicat de trouver du temps. Mais bravo à tout le monde, il faut continuer comme ça ! Il y a un potentiel énorme et on va faire quelque chose de bien.

Sinon, pour finir, un petit hommage à des gens très importants pour moi : Jean-Claude Guéna, Jean-Luc Coadou qui n’a jamais compris pourquoi, Bernard Duperrier (je suis fan de Monsieur Bernard), et puis Céline (ma copine) que j’ai suivie à Bordeaux (les Bordelais, la prochaine fois que vous la verrez, il faudra vous prosterner devant elle !) et puis le Bagad de Bordeaux. J’aimerais rajouter le nom d’Alain Riou, batteur qui a révolutionné la caisse claire en Bretagne et vient malheureusement de nous quitter. J’ai eu la chance de le connaître et de jouer avec lui à la Kevrenn Brest St Mark. Un grand monsieur.

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