Fandewigawag!

Bienvenue dans l'univers de wig a wag, groupe dont le syle est la world bretonne, au programme photos, interwiews...

10 novembre 2006

Interwiev de Loïc Chavigny

W I G   A   W A G

en roue libre

Ancrée dans la tradition de danse bretonne mais ouverte aux parfums et pulsions du monde, la musique de WIG A WAG affiche une identité métissée aussi brouilleuse de cartes que traçeuse de pistes. A l’écoute du monde qui l’entoure, le sextet tourangeau, déjà auteur de trois disques, s’est forgé un univers aux frontières heureusement mouvantes dans lequel acoustique rime avec dynamisme tribal. Douar Iskis, le troisième opus récemment paru du groupe, confirme son choix d’une musique bretonne de coeur mais désireuse d’ouverture et d’intégration. Cultivant le saugrenu, le sombre et le ludique, ravivant les événements du passé pour mieux éclairer le présent, les textes de WIG A WAG affichent leur inclinaison pour une poésie aux couleurs de l’étrange.

Loïc CHAVIGNY, le feu follet chanteur, a bien voulu livrer pour ETHNOTEMPOS quelques clés pour mieux comprendre le mystérieux son de WIG A WAG...

Entretien avec Loïc CHAVIGNY
(chanteur de WIG A WAG)

Vous êtes tous Tourangeaux dans WIG A WAG. D’où vous vient cet intérêt pour la matière musicale bretonne ?

Loïc CHAVIGNY : Il faut préciser que deux personnes dans le groupe sont d’origine bretonne : le talabarder Cyrille BONNEAU, qui est originaire du Morbihan, du Faouet très précisément, et moi-même. Nos parents et grands-parents sont venus dans la région du Centre de la France pour chercher du travail, ou bien, en ce qui concerne ma mère et ma grand-mère, pour échapper aux bombardements à Brest pendant la seconde guerre mondiale. On les a mises dans un train et elles ont atterri à côté de Tours. Voilà pourquoi je suis né là-bas. Mais nos familles respectives sont bretonnes, et Cyril et moi nous sommes rencontrés dans l’idée de retrouver nos racines. Lui faisait de la cornemuse depuis bien longtemps déjà, vu qu’il enseignait l’instrument et avait participé à de nombreux bagadoù. Moi, j’avais essentiellement fait du chant gallo.

Voilà d’où vient notre passion à la fois pour la région et pour sa musique.

Il y a eu aussi plusieurs déclics. Avec Cyrille, on a entendu des groupes comme GWERZ, BARZAZ, AR RE YAOUANK ou encore KERN, qui, dans les années 1980 et 1990, ont considérablement fait évoluer la musique bretonne. On s’est aperçus qu’on pouvait faire de la musique bretonne autrement. C’est ce qui nous a plu. On s’est donc rencontrés avec Cyrille en 1996, on a fait un premier spectacle en 1997 et on a commencé à réunir autour de nous d’autres musiciens, comme Laurent JOLLY, le percussionniste, qui est de Noirmoutier et qui habite aujourd’hui à Argol, dans le Finistère. Il est donc viscéralement lié à cette Terre, à cette musique. SMAD, le violoniste, a une formation classique, a joué beaucoup de musique tzigane et aime énormément le folk d’une manière générale. Notre nouvel accordéoniste, Lico DA SILVA, est d’origine portugaise et a la double nationalité portugaise et française. Il est de plus issu de la culture portugaise, à savoir qu’il joue le répertoire du fado. Il nous a donc beaucoup apporté pour notre troisième album. Notre ancien accordéoniste, Stéphane MARTINE, était du reste aussi Portugais et aimait bien sûr la musique portugaise, mais aussi tzigane et les musiques traditionnelles d’une manière générale. Tout le monde s’est donc retrouvé autour de certaines influences musicales tournant autour du traditionnel mais aussi des musiques métissées («world» pour dire un gros mot), comme LO’JO TRIBAN, des groupes comme ça. Voilà... Vous m’arrêtez si je dis une bêtise. (rires)

La littérature bretonne, pour ne pas dire celtique, a-t-elle également fait partie de vos centres d’intérêt ?

LC : Oui, il y a eu un intérêt pour quelques-uns d’entre nous, comme SMAD, qui aime beaucoup tout ce qui concerne la mythologie celtique, et Cyrille, qui je crois a fait une étude des textes de Xavier GRALL, et moi, qui a fait des études de lettres modernes. Je m’intéresse aux langues, à la littérature, et j’ai découvert la littérature bretonne sur le tard, en passant par des textes de chansons dans un premier temps, par des textes traditionnels, des livres aussi importants que le Barzaz Breiz, qui est une mine de beauté poétique tout étant d’un immense intérêt historique, même s’il a été très controversé à un moment donné avant d’être réhabilité par Donatien LAURENT. Assez récemment, j’ai découvert la poésie moderne bretonne, des gens comme évidemment Per-Jakez HELIAS, dont je préfère les poèmes aux romans.

Ainsi, WIG A WAG a réuni des gens qui avaient envie de faire évoluer, à leur manière et avec leurs moyens, la musique bretonne et moi, qui avait envie de composer en breton en essayant de trouver un style plus moderne dans l’écriture. J’espère que ça se voit un peu sur le deuxième album.

Musique dansante, musique dansable

J’imagine donc que vous avez dû vous sentir un peu à l’étroit dans le cadre de la simple musique de fest-noz...

LC : Pour être absolument honnête là-dessus, quand on s’est rencontrés en 1996, notre première idée était de faire un groupe de fest-noz. Cyrille avait déjà fait de nombreux festoù-noz ; moi, j’avais déjà fait danser les gens avec un groupe de chant gallo... Notre premier album, réalisé en 1999, est encore d’une certaine manière un album de fest-noz. Mais déjà, dans notre musique, on s’est sentis un peu étriqués dans ce genre-là et on a eu envie de faire exploser tout ça. On est passés naturellement du fest-noz au concert parce que c’était une possibilité pour nous de nous exprimer plus librement et de façon plus personnelle. C’est pourquoi je pense que le deuxième album a déjà plus d’apports personnels de la part de chacun des musiciens. L’évolution du groupe est là. Dans le deuxième disque, il y a plus de compositions que dans le premier. Cela ne nous a pas empêché de continuer à faire des arrangements de thèmes traditionnels sur le troisième album (ça a marché auparavant avec Sergent-Major, et c’est vrai qu’on aime faire ça), mais il est vrai qu’on est essentiellement un groupe de compositions.

Votre perspective est donc de jouer une musique qui puisse se danser mais aussi s’écouter ?

LC : Une musique qui se danse ou de manière traditionnelle – on fait des an dro, des ronds de Saint-Vincent, des plinn... même si elles sont jouées de façon un peu rapide, ce sont des danses traditionnelles – , ou bien qui se danse comme on veut. Si, à un moment donné, notre musique n’est plus dansante dans un cadre rigoureux de fest-noz, elle reste malgré tout dansable.

Dans notre travail de composition, on part souvent d’un rythme de danse. Les mélodies comme les grooves de basse ou de percussion sont fondés très souvent sur une pulsation qui serait quasiment une pulsation de danse, parfois traditionnelle, comme un kost ar c’hoat. Par exemple, Satori Breizh, sur le deuxième album, était au départ un kost ar c’hoat. Maintenant, ça ne l’est plus du tout, car à partir de ça on brise tout et on cherche à aller plus loin. On prend plaisir à... pervertir, presque, l’essence même de la danse.

Comment cette «perversion» de la danse traditionnelle a-t-elle été perçue par les amateurs de fest-noz ?

LC : Paradoxalement, le premier album, qui était très tourné sur la danse, a été moyennement bien reçu en Bretagne. Alors que le deuxième, qui se voulait plus personnel, a beaucoup plu aux puristes ! Ils se sont dits : «Voilà, ils parlent de leur propre voix et disent ce qu’ils ont à dire sans chercher à reproduire – même si ce n’était pas notre intention – un schéma traditionnel.» En gros, on nous a dit qu’on avait trouvé notre personnalité.

Votre utilisation d’instruments non typés «bretons» est-elle liée à une volonté d’ouvrir votre musique au-delà du cercle d’initiés ?

LC : Pour l’anecdote, lorsqu’on a joué en «off» du Festival interceltique de Lorient en 1999 ou en 2000, une jeune fille est venue nous voir à la fin d’un concert. Elle était en nage, vu qu’elle avait bien dansé, et elle était tellement enthousiasmée qu’elle nous a dit : «Si c’est ça la musique bretonne, alors j’adore la musique bretonne !» Et là, j’ai un peu tiqué et j’ai répondu : «Attention, ce n’est pas ça la musique bretonne. Ce qu’on fait, c’est une proposition...» C’est une «proposition» de musique bretonne. Après, on l’accepte ou on ne l’accepte pas.

Etrangetés tribales

Autre chose : la pochette de votre deuxième disque, Sarah ha Safar, est vraiment troublante. Pourquoi avoir choisi d’illustrer ce disque avec une tenaille ?

LC : Comme vous le savez, WIG A WAG fait référence au grincement des roues de la charrette de l’Ankou. Alors on s’est dits qu’on allait mettre une tenaille pour réparer les roues de la charrette !

Mais si vous la réparez, elle ne grincera plus ?!

LC : Effectivement... Je ne m’attendais pas à ça... Il va falloir que je trouve une autre réponse maintenant ! (rires)

En attendant, parlons donc de la signification du titre de votre dernier disque, Douar Iskis, autrement dit les «mystères de la Terre»...

LC : Ou «Terre étrange»... pour plusieurs raisons évidemment. D’abord parce que j’aime parler des habitants de la Terre. Et je trouve justement étrange que ces gens de la Terre s’entre-tuent, ou se font du mal. Il y a plusieurs chansons qui évoquent ce sujet. Et «Terre» parce que notre musique vient de la Terre, elle est tribale du fait de ses références très fortes à la musique bretonne et «étrange» parce qu’on va au-delà de ça. Voilà un peu l’explication du titre.

Les textes de ce troisième album ont-ils été inspirés d’événements récents ou renvoient-ils à des choses plus lointaines ?

LC : Brest Bombezet raconte des événements vécus par ma mère et ma ma grand-mère, ce sont donc des choses que je puise dans l’histoire de ma famille. Il y a aussi des choses qui proviennent de lectures, tel Kannen kanak, inspiré par un livre de Didier DAENINCKS intitulé Cannibale. En lisant ce livre, je me suis dit que les faits relatés dedans étaient finalement très peu connus, ignorés. J’aime bien revenir ainsi sur des choses oubliées, à côté desquelles on est vite passés. La mémoire historique va très vite et est de plus en plus courte. On ne sait déjà plus ce qui s’est passé il y a quelques années, je ne suis même pas sûr qu’on se souvienne de ce qui s’est passé il y a seulement quelques mois !

L’idée générale qui chapeaute ces histoires, c’est évidemment l’exploitation de l’homme par l’homme. Ca a toujours existé et je pense que ce n’est pas demain la veille que ça cessera d’exister. Je repense à Son Lakota, qui figure sur le deuxième album. Avec cette chanson, je faisais un peu un parallèle avec ce qui s’est passé en Bretagne, toutes proportions gardées. En bref, je suis très sensible à l’acculturation, à cette façon, parfois très démocratique, dont une société dominante et ces autorités bien pensantes ont la mainmise sur une population. C’est quelque chose qu’on vit encore aujourd’hui et qu’on vivra encore...

Mythologie populaire
et images sémantiques

Concernant tes textes en général : as-tu cherché à écrire des paroles inspirées par les thèmes de la littérature bretonne ?

LC : Mes textes s’inscrivent généralement dans la lignée du chant traditionnel breton, tout du moins dans sa thématique. Ce qui m’intéresse – ça paraît bête de le dire –, c’est la vie des gens, les bonheurs, les malheurs, tout type d’événements... Mes textes sont assez souvent des monologues intérieurs. Une personne raconte ce qui lui est arrivé. Il y a aussi des textes d’une veine plus traditionnelle, comme Moal Enez Izel, où il s’agit d’un départ de marin. Il y a un terme dont j’ignore le sens ou même s’il existe mais qui me plaît, c’est le terme «mythologie populaire», ou mythologie des gens. C’est-à-dire qu’au lieu de parler de mythologie au sens large et quasi ésotérique du terme, j’aime la mythologie qui concerne le peuple, le terroir. A côté de ça, j’essaye d’aborder des thèmes plus «à messages», même si on n’est pas un groupe revendicatif, comme l’exclusion, des choses de ce genre qui me tiennent à coeur. Den an ti all, sur le deuxième disque, est une critique de toutes formes de nationalisme, par exemple. Mais ce que j’aime faire, plutôt que de dire les choses crûment, est de les faire sonner de manière plus... poétique. Mais c’est difficile de parler de tout ça...

Ton ambition est cependant d’écrire des textes qui correspondent à la musique, à ses règles rythmiques ou harmoniques.

LC : Le texte intervient toujours après la musique. Mais pour être franc, c’est par fainéantise ! (rires)

Tu laisses la musique t’inspirer...

LC : Tout à fait. Je ne fais pas ça gratuitement, je travaille avec la musique qui arrive. C’est pourquoi les textes du troisième album restent donc majoritairement en breton, avec une volonté d’écrire des thèmes musicaux et des textes dans un cadre qui ressemble au cadre du chant traditionnel à danser.

Je m’imprègne de ce qui se passe, je compose moi aussi des mélodies et, au fur et à mesure, je m’imprègne des choses et je me dis «tiens, ça serait pas mal de faire ça». Je travaille dans la longueur. C’est devenu une pratique systématique chez nous : le texte arrive après. Je tente de le faire arriver le plus rapidement possible, pour que la musique essaye elle aussi d’aller vers le texte. C’est vraiment un tout, et toutes les pièces du puzzle réussissent à s’encastrer les unes dans les autres à la fin.

J’aime les langues. Je suis un médiocre linguiste, mais j’aime les langues dans leur matière phonique. J’adore les sonorités, comment les langues sonnent et comment il peut y avoir un lien entre du son et du sens. C’est ça qui m’intéresse, de même que tout ce qui, dans les langues, est idiomatique ; c’est-à-dire la possibilité de créer des images avec une langue, des images qui seraient quasiment des peintures phoniques, comme des images sémantiques. Je n’essaye pas de maîtriser parfaitement les langues, mais j’essaye de les utiliser le plus honnêtement possible dans une optique, je dirais, impressionniste, comme des touches de matières.

Cela explique pourquoi votre inspiration outrepasse le domaine breton proprement dit, tant en ce qui concerne les textes que la musique.

LC : On parlait tout à l’heure de l’évolution musicale du groupe. C’est vrai que le texte a accompagné cette évolution. Je ne pense pas qu’on se soit réunis un jour autour d’une table pour se dire «tiens, maintenant, on va faire un morceau qui sonne oriental». A aucun moment cela s’est passé comme ça. C’est plutôt les bagages musicaux de chacun, les expériences, les envies, les écoutes qui ont fait qu’on s’est imprégnés d’un certain nombre de choses qu’on a eu envie de faire passer. Cela dit, l’usage de percussions orientales, par exemple, peut nous avoir poussés à aller dans un sens, à la rencontre d’autres cultures, en l’occurrence orientales. En ce qui concerne les textes, je dirais davantage qu’il s’agit d’une tentative – très, très, très prétentieuse de ma part – de langage universel. Au bout d’un moment, le texte n’est plus un reporter, un média, quelque chose qui véhicule un sens, mais plutôt une manière de rassembler tout le monde. Ce qui m’a toujours intéressé en poésie, c’est les moments où l’on met côte à côte deux mots qui n’ont rien à voir, car là, ça crée une image...

...un peu à la manière du cadavre exquis.

LC : Tout à fait. De même, si on juxtapose deux langues, il peut se passer quelque chose.

Obscurité ludique

Tu as dit avoir pratiqué le chant gallo...

LC : J’ai beaucoup aimé en faire. Des groupes d’aujourd’hui comme KATE ME et OBREE ALIE font évoluer cette tradition via la musique, et c’est une bonne chose. Le gallo n’est pas ma culture ; je suis du Finistère, donc j’ai un peu de mal avec ça. Ce qui m’a intéressé dans le gallo, c’était l’énergie qu’il y avait sur scène lorsqu’on chantait à 5, 6, voire 9... C’était très étonnant. Le gallo qui est chanté aujourd’hui est très souvent «francisé» et qui n’a plus grand-chose à voir avec le vrai gallo. OBREE ALIE a réhabilité une langue ; il y a eu tout un travail sur le gallo, on a essayé de trouver une orthographe pour cette langue qui était orale, comme le breton au départ. La langue gallo commence à devenir importante, de plus en plus de gens s’intéressent à cette langue, elle a aussi son dictionnaire, sa grammaire... Tout cela est assez récent, mais du coup j’ai eu envie d’écrire un texte en gallo sur notre troisième disque.

C’est ce fameux «conte pour adultes», La Gröée de Nouae ?

LC : Oui, car c’est une langue qui, je crois, sied très bien au conte. Je suis donc parti dans un délire qui a des côtés un peu abscons. J’aime bien ça... Quand on pense au gallo, on pense à une langue de la campagne bretonne, à la Terre, pas à une langue de la ville. C’est pourquoi j’ai volontairement et paradoxalement situé mon histoire dans un paysage très urbain. Après, je me suis laissé aller dans une sorte de version moderne du Petit Chaperon rouge. Je ne sais pas si on s’en rend compte... J’ai voulu écrire un conte pour adultes parce que les adultes ont tendance à perdre leur âme d’enfant, ce qui m’embête beaucoup. Je me suis donc demandé ce qui pourrait toucher les gens... Or, les contes, comme les chansons populaires, sont très liés au quotidien, aux relations entre les gens... Comme je l’ai déjà dit, je suis généralement assez loin de la mythologie, je préfère ce qui est de l’ordre du populaire. Et j’aime «poétiser» les choses, les rendre mystérieuses... Comprend qui veut et ce qu’il veut !

D’où dans tes textes ce mélange d’obscur et de ludique, voire de surréaliste...

LC : C’est tout à fait juste. Le surréalisme peut paraître léger et ludique pour qui le lit distraitement, mais il y a derrière quelque chose de plus profond, de l’ordre du côté sombre. Il y a vraiment de cela dans le surréalisme...

Le Phare et le Vent

Il y a également des textes en français dans le répertoire de WIG A WAG. Je pense notamment au poème de Tristan CORBIERE, Le Phare, sur votre premier disque, ou encore à la reprise d’Angelo BRANDUARDI dans votre dernier disque...

LC : La poésie de Tristan CORBIERE me correspond tout à fait parce qu’elle est onomatopéique. Elle joue avec les mots. Il y a un sens qui passe, mais de temps en temps, les phrases se brisent, ne se finissent pas... C’est une poésie qui me plaît beaucoup. De plus, c’est quelqu’un qui aimait énormément la Bretagne. C’est pour ça qu’il a changé son prénom (il ne s’appelait pas Tristan à la base). Il y a quelque chose de très sympathique dans ce personnage quasi... maudit, on peut le dire. Je l’ai «rencontré» lors de mes études, et je me suis dit qu’il serait intéressant de faire se rencontrer un de ses poèmes avec un rond de Saint-Vincent. De ce fait, j’ai un peu modifié le poème en question pour qu’il rentre dans le cadre de la musique, et je prie les descendants de Tristan CORBIERE de m’en excuser. (rires)

Quant à la reprise de BRANDUARDI, c’est parce qu’on avait envie de faire une reprise d’une chanson française, sans pour autant avoir d’idée précise. Mais on m’a dit plusieurs fois (désolé si je me jette des fleurs, ça me gêne !) que ma voix ressemblait à celle d’Angelo BRANDUARDI. Il est vrai que c’est un chanteur que j’ai beaucoup apprécié étant adolescent. De surcroît, il a utilisé à une époque des instruments traditionnels, comme la cornemuse italienne, dans un but très personnel. On peut donc dire qu’à l’époque sa démarche était proche de la nôtre aujourd’hui. On a donc réécouté du Angelo BRANDUARDI, et l’accordéoniste a bien aimé Va où le vent te mène. On l’a donc travaillé. C’était un peu un challenge, car c’est le seul morceau de notre nouveau disque qui a entièrement été réalisé en studio. On a mis la mélodie du chant, chacun a travaillé par-dessus, a ajouté des choses, pour arriver à un résultat qui nous a tous étonnés, avec des passages un peu arythmiques...

Géographie mouvante, identité plurielle

Sur ce troisième album, on remarque aussi que les textes sont écrits en quatre langues, soit plus que d’habitude...

LC : Plus ?... pas sûr ! Dans le disque précédent, il y avait de l’iskoa, du lakota, du français, du breton, et même un phrase en anglais, qui est de SHAKESPEARE !

Il y en a quand même une «nouvelle» dans Douar Iskis, c’est le portugais !

LC : C’est parce qu’on a un nouveau venu dans le groupe : Lico DA SILVA. Quand quelqu’un arrive dans WIG A WAG, on prend tout ce qu’il peut proposer. On demande de lui qu’il se livre entièrement, qu’il donne tout ce qu’il a. «Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Qu’est-ce que tu nous veux ? (rires)», etc. Après on trie, ce qui est évidemment très dur. Lico est donc arrivé avec toute sa culture portugaise, et il nous a semblé intéressant de travailler aussi les textes ensemble, lui et moi. Ca a donné un mariage entre le breton et le portugais sur Kannen kanak.

C’est ainsi que s’agrandit la géographie musicale de WIG A WAG...

LC : La géographie de notre univers musical ne cesse de changer en fonction des personnes présentes dans le groupe. J’ai coutume de dire qu’on n’a pas de stratégie. On prend tout ce qu’il peut y avoir chez les uns et chez les autres. Ainsi, les frontières du pays WIG A WAG bougent. A notre sujet, on parle souvent d’ «universalité», et ça me plaît bien. On a vite compris que l’idée de recherche identitaire n’était pas intéressante en tant que telle. L’idée était surtout de faire parler ce qu’il y a en nous. Et, à bien chercher introspectivement, quelle est notre identité ? C’est très difficile à définir... Aussi, plutôt que de tenter vainement d’aller vers une identité, il faut laisser parler nos identités plurielles et voir ce qui se passe... Je pense qu’il est bon de s’ouvrir sans cesse. Et la musique bretonne ne perdurera que si elle s’ouvre, à mon avis.

Entretien réalisé par Stéphane Fougère - Photos : Sylvie Hamon

DISCOGRAPHIE WIG A WAG :

An Naer O Nijal (1999, PatchB / Griffe / Sony)
Sarah ha Safar (2001, PatchB / Griffe / Sony)
Douar Iskis (2003, Sterne / Sony)

Posté par Fandewigawag à 14:12 - Interwievs - Commentaires [0] - Permalien [#]

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